(11) 4214-2000

En silence et en douceur, Kim Ki-duk invente une sensuelle histoire d’amour

En silence et en douceur, Kim Ki-duk invente une sensuelle histoire d’amour

En silence et en douceur, Kim Ki-duk invente une sensuelle histoire d’amour

Prime a la Mostra de Venise, «Locataires» ramene en terrain urbain le cineaste coreen qui avait emerveille avec «Printemps, ete, automne, hiver… et printemps»

Une formidable fable via la liberte.

Qui n’a reve un jour de vivre sans attaches, d’appartement en maison, hote de passage libre de tout et cela nous alourdit avec la propriete? C’est votre que semble avoir reussi un mysterieux petit homme qui se deplace a moto et s’introduit chez les mecs dont il repere l’absence en placant un flyer publicitaire a un porte. On le prend d’abord pour 1 mauvais garcon, vraisemblablement un voleur. Mais non: apres avoir passe la soiree et la nuit en prenant ses aises, il arrose nos plantes, lave le linge ou repare un appareil, se faisant un point d’honneur de quitter le logement legerement plus tenu que celui-ci ne l’avait achete.

Meme improbable, cette entree en matiere pourrait venir de n’importe ou, de Suisse tel des Etats-Unis. Sauf que cela se passe en Coree du Sud, en general le pays au cinema le plus dynamique et surprenant du moment. Et que celui-ci s’agit du nouveau film de Kim Ki-duk, cineaste qui fit une percee remarquee l’an soir avec Printemps, ete, automne, hiver… et printemps. Locataires, alias Bin-jip (titre original qui signifie en fait «Maison vide»), ne doit pas decevoir les fans de ce film bucolique et pourrait aussi en gagner de nouveaux a cet auteur controverse, tant l’originalite et la maitrise de ce onzieme opus sautent a toutes les yeux. Elles lui ont deja valu un prix une mise en scene merite a la derniere Mostra de Venise, la meme annee que Samaria, realise entre 2, lui valait un prix equivalent a Berlin!

Si Locataires seduit et captive tant, c’est sans doute que l’essentiel de la video reste muet, laissant ainsi la mise en scene retrouver sa primaute. Quand le jeune Tae-suk s’introduit dans une villa en fait occupee via Sun-hwa, epouse bourgeoise et femme battue, une relation silencieuse nait entre eux. Notre parole ne viendra qu’avec l’apparition du mari scandalise. Apres une punition administree au club de golf (a l’origine du titre international du film, 3-Iron), les amants prennent la fuite et Sun-hwa partage Afin de un moment l’existence nomade et mutique de Tae-suk. Puis, lorsque la chance les quitte, la soiree te prend un nouveau tournant surprenant, qui envoie le jeune homme en prison et l’epouse aupres de le mari contrit, en attendant l’evasion…

Au contraire des intrusions vraiment politiques du recent The Edukators de l’Autrichien Hans Weingartner, celles de Locataires semblent viser a J’ai fable universelle. Divers prendront au pied de la lettre l’article qui clot quelque peu maladroitement la soiree («Parfois, il va i?tre difficile de dire si un chacun dans lequel nous vivons est reve ou realite») et n’y verront qu’un brillant exercice formel. D’autres y percevront une critique sociale (posseder ou non), ou retiendront surtout l’objectif metaphysique (comment echapper au monde materiel), arbitres par la dimension sexuelle. En fait, Locataires contient l’ensemble de ces niveaux de lecture. Mieux, il des fera cohabiter avec une harmonie qui force l’admiration, au-dela d’un symbolisme qu’on trouverait ailleurs un tantinet appuye.

Evidemment qu’on retrouve ici le trio classique forme avec le grand bourgeois, sa femme-objet (un ex-mannequin) insatisfaite qui le meprise et le petit loubard providentiel (mais ici dote d’une formation universitaire).

evidemment que les visites de logements successives offrent votre apercu d’une societe coreenne en mutation, avec le golf comme symbole d’une nouvelle violence sociale et la maison ouverte du vieux quartier, au jardin idyllique et au petit couple equilibre, comme vision d’un paradis perdu. Mais la dimension spirituelle n’est nullement moins evidente, avec cet etrange amour qui n’a inutile de mots et, finalement, l’etrange «evasion» de Tae-suk. S’y esquisse, tel dans Printemps…, la vision bouddhique d’une life faite de cycles ainsi que paliers, en quete de la conscience superieure.

Cineaste autodidacte au parcours d’aventurier, qui s’est un moment signale depuis 1996 par un usage provocateur du sexe et de la violence, Kim Ki-duk, 45 ans, a bien change. Decrie via certains comme un pur service d’exportation wildbuddies match pour festivals, au talent douteux, plus primaire que consciemment minimaliste, l’auteur de L’Ile (2000) nous semble au contraire posseder une etonnante marge de progression. Locataires le revele en haute possession des moyens, qui a achete sa propre voie quelque part entre Beineix, Pasolini et les plus allumes des cineastes japonais. Paradoxalement, sa limite pourrait resider au sein d’ sa predilection pour le «film a programme», fortement structure. Neanmoins,, Afin de l’instant, son palier actuel a tout pour faire le bonheur du grand public tel du spectateur le plus exigeant.

Locataires (Binjip/ 3-Iron), de Kim Ki-duk (Coree du Sud, 2004), avec Jae Hee, Lee Seung-yeon, Kwon Hyuk-ho, Joo Jin-mo.

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